Depuis quelque temps, une pathologie contemporaine prospère sur les réseaux sociaux. Elle s’est dotée d’une milice improvisée en détecteurs d’IA autoproclamés, en vigiles hystériques du soupçon numérique, et des armés de pourcentages qu’ils ne comprennent même pas et qu’ils brandissent comme des vérités révélées.
Ces individus ne relèvent ni de la technologie, ni du journalisme, ni même d’une analyse minimale. Ils relèvent d’un champ autrement plus clinique comme la psychologie de l’échec intellectuel. Leur symptôme cardinal est d’une simplicité presque biblique, car lorsqu’un texte ou une publication dépasse leur plafond cognitif ou leur capacité de compréhension, ils hurlent comme des chiens de garde «IA», «ChatGPT» et «machine». Malheureusement, ils ne lisent pas. Ils ne produisent rien, voire comprendre, mais ils soupçonnent.
Leur raisonnement, si l’on accepte encore de lui accorder ce nom, tient dans une phrase aussi misérable que révélatrice : « Si je ne peux pas l’écrire ou le produire comme lui, alors personne d’autre ne peut l’écrire sans une machine. »
Nous ne sommes plus dans le débat d’idées. Nous sommes entrés dans l’ère de la délation algorithmique, où l’ignorance s’étale et la paresse mentale se déguise en vigilance technologique.
L’écriture n’est pas démocratique
À la lecture de nombreux commentaires haineux, discriminatoires, frustrés, pathétiques, émanant d’internautes ratés et de donneurs de leçons numériques sans œuvre ni trace, il faut le dire sans pédagogie inutile, sans précaution oratoire et sans anesthésie que l’écriture n’est pas démocratique. Elle est une compétence rare, longue, exigeante et douloureuse à acquérir.
L’écriture se construit avec la patience, la constance, la ténacité, la volonté, l’assiduité, la persévérance, la curiosité, l’élégance et la rigueur. Elle exige des années de lecture, d’échecs et de discipline comme la musique savante, la pensée conceptuelle et même l’analyse politique sérieuse. Ces individus oublient une chose élémentaire que les outils technologiques sont accessibles à tous. Mais le talent, le potentiel et la capacité intellectuelle ne le sont pas.
Si écrire un texte structuré, documenté, argumenté et stylistiquement maîtrisé se résumait à appuyer sur un bouton, les réseaux sociaux seraient déjà submergés par des milliards d’écrivains et de bibliothèques ambulantes. Nombreux de ces individus autoproclamés détecteurs d’IA ne sont que des dépotoirs de soupçons mal orthographiés, qui produisent des commentaires inutiles, agressifs sans aucune profondeur ni sens logique, mais surtout de commentaires truffés de fautes et de frustrations personnelles. Ils écrivent mais ne produisent rien de qualité.
Le silence qui suivra sera la réponse la plus éloquente.
25 ans d’écriture contre 25 secondes de jalousie numérique
Nous n’avons aucune justification à fournir aux paresseux intellectuels arrogants. Les faits, eux, sont d’une indécence brutale avec 25 ans d’écriture, depuis l’âge de 17 ans; 21 ans de pratique professionnelle continue; avec plus de 3 000 publications dans Le Nouvelliste (articles et brèves dans la rubrique « Les remous de l’Actualité»); co-publication et publication de plus de dix ouvrages; préfacier de plus d’une dizaine d’ouvrages haïtiens et étrangers; éditeur de plusieurs ouvrages. Ayant intégré Le Nouvelliste de juillet 2007 à janvier 2020. Et responsable de contenus et d’actualité entre 2010 et 2020.
À ceux qui exigent que nous « prouvons » que nous n’utilisons pas l’IA, la réponse est clinique, car on ne demande pas à un chirurgien compétent de démontrer qu’il n’a pas utilisé une calculatrice pour opérer. Cette accusation ne révèle aucun doute sérieux. Elle révèle un complexe d’infériorité scripturale.
Quand le passe exécute l’accusation : les détecteurs pris en flagrant délire
Pour exposer l’absurdité de cette chasse aux sorcières numériques, nous avons choisis trois de nos articles publiés entre 2008 et 2019, à une époque où l’IA générative n’existait pas encore. Nous avons demandé à un expert en Intelligence artificielle de soumettre ces trois textes à plusieurs outils modernes dits de « détection d’IA ». Après plusieurs test et vérification, le résultat fut un naufrage méthodologique total.
Prenons d’abord, ce texte titré « La secrète condamnation », une entrevue exclusive réalisée avec le feu Ati national, Max BEAUVOIR sur le phénomène de la zombification en Haïti, publié dans les colonnes du quotidien Le Nouvelliste, en date du 12 septembre 2008, et signés par les journalistes Amos CINCIR et Angie Beeline JOSEPH, le résultat fourni par AI Detector confirme que 77 % du texte présente des « signes de génération par IA ». Alors qu’en 2008, ces IA n’existaient pas. Cela montre clairement que ce n’est pas l’auteur qui imite la machine ; mais c’est la machine qui rétro-projette ses modèles statistiques sur une écriture humaine stable et cohérente.
En second lieu, « L’Éducation sexuelle, grande absente des écoles et de la famille haïtienne », ce texte publié dans Le Nouvelliste sous la plume d’Amos CINCIR, en date du 3 juillet 2013. Les résultats affichés confirment que ce texte est soumis à 87% de « plagiat » avec 32% de modifications mineures, et que 15 % du texte est identique à d’autres textes. Par contre, une lecture académique élémentaire montre que ce texte ancien, abondamment cité, a été repris, commenté, et paraphrasé au fil des années. Tandis qu’un logiciel confond diffusion intellectuelle et plagiat. Ce n’est pas une faute. C’est une empreinte d’influence.
Et enfin, cet article du 30 août 2019, sous le titre « Scandale diplomatique au Consulat d’Haïti à New York », publié dans les colonnes de Le Nouvelliste et signé par Amos CINCIR, a reçu un verdict de 95 %, niveau moyen de plagiat avec une décomposition montrant qu’il y a 34 % de modifications mineures et 18 % du texte est identique à d’autres publications, et que le reste contient des reformulations proches.
Sur le plan juridique et journalistique, les faits publics sont établis, le lexique institutionnel standardisé est parfaitement identifiable, mais aucune originalité protégeable n’est en jeu. La conclusion est donc implacable, car aucune fraude n’est juridiquement ni intellectuellement possible.
Ce que mesurent réellement les « détecteurs », le néant méthodologique
Les outils de détection brandis comme preuves, JustDone, entre autres, ne sont rien d’autre que des produits commerciaux. Ce sont des outils conçus pour comparer mécaniquement des chaînes de mots, vendre de la « détection d’IA » et fabriquer du soupçon chiffré.
Ces outils ne pensent pas, ne lisent pas, et ne contextualisent pas. Ils sont conçus par des humains pour compter. Et compter n’a jamais signifié comprendre automatiquement. Ils ignorent la chronologie, confondent dans la majorité des cas l’auto-réutilisation légitime et le plagiat, en assimilant des formules journalistiques et académiques standardisées à des copies, et produisent des scores dépourvus de toute valeur probante.
Un pourcentage élevé de similarité n’est ni une preuve de plagiat, ni une preuve d’usage de l’IA, ni une atteinte à l’intégrité intellectuelle d’un auteur. Toute interprétation contraire relève soit d’une ignorance méthodologique creuse et vide, soit d’une malveillance assumée.
Les algorithmes comme des béquilles pour les esprits faibles
Les attaques répétées et émotives de certains internautes sur nos publications ne constituent en rien une controverse. Elles exposent, à nu, un aveu d’impuissance intellectuelle et une faiblesse en matière d’analyse. Quand un individu n’a rien à opposer aux faits, qu’il est incapable de démonter une analyse, et qu’il n’arrive même pas à contester sur le fond, il clique, il gesticule et il hurle à gorge déployée c’est « IA ! », ou « ChatGPT ! »
Ce qu’ils oublient, ou n’ont jamais su, c’est que le journalisme, l’écriture, la littérature, l’art, la critique et la pensée ne se jugent pas à coups de captures d’écran.
Chose certaine, les algorithmes passeront. Mais les textes de réflexions profondes, structurés, documentés, bien charpentés et signés restent dans les annales de l’histoire.
Toujours cruelle, l’histoire se chargera invariablement de rappeler une vérité simple et brutale en soulignant que les cerveaux ne pourront jamais être remplacés ni par des pourcentages, ni par des machines artificielles.
En définitive, l’intelligence artificielle, quelles que soient son utilité, son importance et ses avancées, aussi spectaculaires soient-elles, ne pourra jamais remplacée l’être humain dans toute sa dimension, ni l’art, ni le talent, ni le potentiel, ni la capacité de penser avec rigueur et rectitude.
Amos CINCIR
Serviteur de l’Empire d’Hayti-Afrique
Ambassadeur du Royaume
25 décembre 2025

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