Le jeudi 18 décembre 2025, en conseil des ministres, le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) des neuf membres corrompus et sans colonne vertébrale, a sorti le scalpel d’un décret sur la régulation des médias et réseaux sociaux, mais l’a planté dans la gorge au lieu de traiter la gangrène. On nous vend une opération de salubrité démocratique ; et on assiste à une amputation autoritaire. Et, le CPT appelle ça «meilleur contrôle des médias et des réseaux sociaux». En réalité, c’est un décret-bâillon, un garrot juridique serré autour du cou d’une parole déjà suffocante.
Soyons honnêtes et lucides, oui, Haïti a un problème réel et fondamental. Des médias en ligne sans aucune ligne éditoriale transformés en décharges à rumeurs, des influenceurs de pacotille, dont les plus connus Tikoze ak Lynn, Jhonn Corlan Morvan, Theriel Thelus et consorts, drogués aux vues et aux likes, des micros loués au plus offrant, des «breaking news» fabriquées à la machette.
Aucun État sérieux ne peut laisser le chaos informationnel faire loi. Aucun. Sur le principe, réguler ce n’est pas un crime, c’est une très bonne chose. Le problème n’est pas l’idée. Mais, c’est la main qui tient le couteau.
Car ce CPT-là corrompu jusqu’à l’os, dilapidateur de fonds publics, destructeur des institutions, sans boussole morale, sans vision, sans conviction ni aucune dignité politique, n’a aucune légitimité pour jouer les gardiens de l’éthique. Un pouvoir incapable d’assurer la sécurité, d’organiser des élections, de rendre justice et de freiner les gangs, se découvre soudain une passion tardive pour la morale médiatique. C’est obscène.
Ajoutons un fait brut et indiscutable. Nous savons tous qu’Haïti, ce volcan Caraïbéen qui fit trembler les empires coloniaux en 1804, est aujourd’hui l’un des très rares pays au monde où des gangs armés notoires comme Jimmy CHERIZIER «barbecue», Lanmò 100 jou, Izo, Vitelhomme INNOCENT, font des lives en direct, à visage découvert, lourdement armés, sans la moindre crainte.
Ces chefs de gangs parlent, menacent, rient, recrutent et gouvernent symboliquement sous l’œil passif et complice des neuf membres du CPT, ainsi que du Premier ministre Alix Didier FILS-AIMÉ et de son gouvernement, à travers Facebook Live, TikTok, vidéos virales, interviews improvisées. Aucune inquiétude. Aucune poursuite, ni représailles. Aucune dissuasion ni répression.
Cette normalisation de la barbarie médiatisée s’est amplifiée et banalisée tout au long du mandat du CPT. Pendant que les criminels diffusaient leurs arsenaux en streaming, le pouvoir, lui, regardait ailleurs, ou négociait. Et à quelques semaines de la fin de son mandat prévue le 7 février 2026, le CPT ne cherche pas à restaurer l’autorité de l’État, mais il cherche à verrouiller le récit avant l’échéance, à faire taire ce qui restera quand lui ne sera plus là.
Le décret du 18 décembre 2025 est un chef-d’œuvre de flou toxique. Des concepts extensibles comme du caoutchouc politique, «fausses nouvelles», «trouble à l’ordre public», «discours nuisible», deviennent des armes pénales prêtes à l’emploi. Des sanctions lourdes, des menaces de fermeture, la prison en embuscade.
Dans un pays où des journalistes ont été brûlés, exécutés, kidnappés, traqués, ce texte n’est pas une régulation, c’est un signal. Un message clair, glacial, et clinique. Vous pouvez parler, mais pas trop ; vous pouvez enquêter, mais pas sur nous ; vous pouvez critiquer, mais préparez vos funérailles. Et pendant ce temps, le silence complice de certaines associations de médias résonne plus fort que tous les discours.
Subventionnées, engraissées et anesthésiées. Muettes comme des pierres tombales. Elles savent. Elles comprennent. Elles ont choisi. Ce décret ne vise pas la presse en général. Il vise la presse qui dérange, celle qui fouille les contrats obscurs, les liens gangs-pouvoir, les crimes d’État et la corruption systémique. Les autres n’ont rien à craindre, car elles sont déjà domestiquées.
Par ailleurs, la schizophrénie politique est totale avec un CPT qui ne contrôle ni le territoire, ni les ports et aéroports, ni les routes, ni les armes, ni les gangs, et maintenant prétend contrôler Facebook, YouTube, TikTok et les micros. Un État fantôme qui veut surveiller la parole vivante. Au lieu de combattre les criminels, on combat les journalistes. Au lieu de poursuivre les voleurs, on poursuit les questions. Au lieu de rendre des comptes, on criminalise la vérité.
Oui, Haïti a besoin de règles. Mais pas imposées par un pouvoir discrédité, illégitime et moralement insolvable. Oui, la presse a besoin d’éthique. Mais pas sous la menace d’un État qui a le sang et la corruption sur les mains.
Ce décret est peut être légal sur le papier. Néanmoins, il est politiquement toxique. Pris par ce Conseil Présidentiel de Transition-CPT précis, à ce moment précis, il n’est pas un remède. C’est un poison lent. Et l’histoire nous l’a déjà appris. À chaque fois qu’un pouvoir veut «réguler la parole» sans se réguler lui-même, c’est que la vérité est sur le point de lui exploser au visage.
Amos CINCIR
Serviteur de l’Empire d’Hayti-Afrique
Ambassadeur du Royaume
24 décembre 2025

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